Développement durable : nouvelle frontière mondiale utopique !
Editorial du 16/10/07
Le développement durable doit s’efforcer de répondre aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Telle est dans son principe la définition qu’en donna en 1987 la commission mondiale sur l’environnement, et le développement, présidée par Madame Gro Harlem Brundtland, Premier Ministre norvégien. En 2007, vingt ans plus tard, ce principe de développement durable a du mal à se traduire dans les faits et dans la pratique des sociétés industrialisées mais surtout dans les pays en voie de développement. Le développement durable a été institutionnalisé en 1992 par la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement à Rio de Janeiro au Brésil. Lors de cette conférence, une déclaration de 27 principes et un agenda qualifié de 21 avec 115 recommandations ont demandé aux Etats, aux Institutions internationales, aux collectivités, aux ONG et aux entreprises de mettre en avant la recherche d’un nécessaire équilibre entre développement économique, dégradation de l’environnement et équité sociale. D’autres conventions ont été adoptées lors de cette conférence, comme le changement climatique, la biodiversité et des textes portant sur l’exploitation des forêts et la diversification. En 1992, la notion de développement durable devient institutionnelle et reconnue par la communauté internationale. Que devient cette notion en théorie et en pratique ? L’explication causale, au sens du sociologue, philosophe et économiste Max Weber qui met l’accent sur la comparaison entre le devenir réel d’un fait (développement actuel avec la cohorte des faits négatifs comme la pollution et la pauvreté) et un autre fait possible et hypothétique (développement durable), est absente. Alors que le développement actuel est mis en cause en raison de ces nombreuses régressions économiques (inégalités Nord-Sud), sociales (pauvreté), politiques (mal gouvernance au Sud, domination du Sud par le Nord), le développement durable hypostatique est perçu comme nouvelle frontière alors que rien n’est sûr et que ce développement durable apparaît comme une utopie aux multiples fonctions socio-économiques, politiques et culturelles.
1. Le développement durable est d’abord une utopie mobilisatrice des populations dans les pays du nord. Il n’y a plus de débat réel sur le modèle économique, social, culturel or l’écologie politique tente, au nom de l’environnement et avec une confusion totale avec les droits de l’homme et de la violence, de mobiliser les groupes de pression (syndicats, associations, gouvernements et partis politiques) pour la recherche des voies vers un développement plus sain et plus acceptable par l’humanité. Il n’y a plus de discours idéologique visant à expliquer le progrès social et humain si ce n’est qu’au travers de l’écologie politique comme on peut le voir aujourd’hui avec le Grenelle de l’environnement piloté par Monsieur Borloo. Les débats sur les besoins essentiels, alimentaires, sur la protection de l’homme, sont occultés par la nouvelle pensée utopiste que représente le développement durable qui a un énorme défaut : ne pas présenter un modèle économique concret et demeurer malheureusement un simple effet de mode. Dans les distributeurs de boissons, il faut réserver une somme au développement durable. Qui se pose la question de la destination de la somme en termes économiques, socio-économiques et en terme culturels ? A qui reviendront les sommes ainsi collectées aux gouvernements des pays du Sud, à leurs populations ? Quelques associations et certains Etats du Nord essaient de nous dire que le développement durable est la nouvelle frontière sans préciser les modalités des mobilisations des ressources humaines, financières, techniques, politiques, culturelles, sociales et économiques de progression vers cette nouvelle frontière. Nous sommes dans un flou conceptuel et pratique qui n’a d’égal que la capacité de certaines associations, certains dirigeants des gouvernements et des partis politiques à épouser le sens de la modernité qui a pour nom le développement durable, même si le réchauffement de la terre et les conséquences climatiques sont des réalités discutables.
2. Les pays du Nord ont passé beaucoup de temps dans leur histoire industrielle à raser leurs forêts pour installer des industries qui ont contribué au progrès social et économique de leurs populations, et dans le même temps ces mêmes pays demandent aux pays en voie de développement de ne pas détruire la forêt et d’adopter des modèles de développement acceptables pour que le développement durable ne soit pas une utopie mais une réalité.
3. La démarche fortement intégratrice et intégriste des pays du Nord au nom de la recherche de nouveaux équilibres est avant tout une ouverture pour leurs populations auxquelles on montre les conséquences d’une croissance plus quantitative (CO2, pollution élevée et maladies urbaines dues à la pollution) et auprès desquelles on insiste sur les bienfaits d’une croissance plus qualitative.
4. Sans contester cet empressement humanitaire et humaniste au nom des peuples ; des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil ne comprennent pas l’égoïsme des Etats occidentaux qui leur refusent le décollage économique alors que ces mêmes pays occidentaux ont réussi un décollage économique grâce à une exploitation non durable des ressources minières, humaines et financières au XIX siècle. Cette exploitation continue au XX siècle et, sans établir un parallélisme dans les modèles de développement, les pays du Sud au nom de l’incertitude radicale liées au développement durable demandent une marge d’erreur dans l’approche écologique du monde au nom des conséquences paradoxales au sens webérien du terme car il n’est pas sûr que les faits sains et attendus du développement durable en terme de croissance de la qualité de la production économique et de la vie soient réels et avérés pour ces pays du Sud qui choisissent le processus d’une croissance intensive.
5. Pour les pays du Sud, le développement durable est une frontière utopique acceptable pour les pays du Nord car elle symbolise la période d’hibernation et de glaciation économique au cours de laquelle les conférences, les réglementations et les nouvelles normes encadrant le développement durable permettront aux occidentaux de penser les techniques, les procédures dont eux-seuls seraient les bénéficiaires et qu’ils pourraient utiliser dans la relation Nord/Sud qu’ils dominent depuis les indépendances. Le développement durable apparaît pour les pays du Sud pour les plus développés d’entre eux comme le Brésil, l’Inde et la Chine comme une nouvelle frontière de progrès, mais aussi comme une volonté nouvelle d’émancipation du Sud. Les pays du Sud, qui souhaitent poursuivre le développement suivant les vieux canons d’un processus de croissance fondé sur une utilisation intensive des matières premières énergétiques, pensent que les pays du Nord refusent la compétition selon les règles établies parles pays du Nord. Le discours actuel sur la dangerosité des produits fabriqué en Chine participe de cette ostracisme intellectuel et pratique de la part de certains pays industrialisés.
Le développement durable est indispensable, à condition que les outils, les politiques, les stratégies soient mis sur la table de négociation de la communauté internationale et que ces éléments profitent en même temps aux pays du Nord comme du Sud car utopie pour certains pays, le développement durable est une réalité pour d’autres pays encore faut-il parvenir à une synthèse pour que l’utopie conceptuelle pour les uns devienne une réalité pratique pour tous en intégrant une notion de coût/avantage.